Le Prix d'Amérique : histoire de la plus grande course de trot
Le Prix d’Amérique est bien plus qu’une simple course hippique. Chaque dernier dimanche de janvier, l’hippodrome de Vincennes se transforme en épicentre mondial du trot, attirant les meilleurs chevaux de la planète, des dizaines de milliers de spectateurs et des millions de parieurs. Fondée en 1920, cette épreuve centenaire incarne à elle seule l’excellence du trot attelé français et représente le Graal absolu pour tout acteur du monde hippique.
Les origines du Prix d’Amérique : une course née d’une ambition internationale
L’histoire du Prix d’Amérique débute dans l’immédiat après-guerre. En 1920, la Société d’Encouragement du Cheval Français crée une course ambitieuse avec un objectif clairement affiché : confronter les meilleurs trotteurs européens aux champions américains, alors considérés comme les références absolues de la discipline. C’est cette vocation internationale qui donne son nom à l’épreuve — un hommage direct aux États-Unis et à leur tradition trottière.
Dès ses premières éditions, la course s’impose comme un rendez-vous incontournable. Le format retenu, un départ en autostart (remplacé depuis par le départ à l’élastique, puis à nouveau modernisé), la distance de 2 700 mètres sur la piste de Vincennes et les dotations attractives contribuent à forger rapidement son prestige. Decade après décennie, le Prix d’Amérique devient la mesure étalon du trot mondial.
Vincennes, le théâtre du trot attelé
L’hippodrome de Vincennes, situé en bordure du bois de Vincennes à l’est de Paris, est indissociable du Prix d’Amérique. Sa piste en terre battue de 1 000 mètres, ses virages relevés et ses lignes droites exigeantes en font l’un des parcours les plus techniques qui soit. Les chevaux y parcourent deux tours et demi complets, soit 2 700 mètres d’une intensité tactique permanente.
Un parcours redoutable pour les chevaux et les drivers
La spécificité de Vincennes réside dans la combinaison de plusieurs facteurs : les conditions hivernales (le sol peut être gelé, boueux ou rendu glissant par la pluie), la densité du peloton lors des grandes courses et la nécessité de trouver le bon couloir au bon moment. Un cheval mal placé dans les premiers tours peut se retrouver bloqué sans possibilité de débordement. C’est pourquoi l’intelligence tactique du driver est aussi déterminante que la valeur intrinsèque du cheval.
La corde intérieure confère un avantage théorique, mais elle peut aussi devenir un piège si le cheval manque de vivacité en fin de course. Les positions de départ, déterminées par le tirage au sort, font ainsi l’objet d’une attention particulière de la part des parieurs et des entraîneurs.
Les champions qui ont écrit la légende
Au fil d’un siècle d’histoire, quelques noms se sont gravés dans la mémoire collective du trot français et mondial.
Idéal du Gazeau, le précurseur des doubles
Né en 1975, Idéal du Gazeau fut l’un des premiers chevaux à illustrer le fait qu’un champion peut traverser les années avec la même constance. Avec deux victoires au Prix d’Amérique (1982 et 1984), il incarne une génération de trotteurs robustes, capables de s’imposer au plus haut niveau pendant plusieurs saisons consécutives.
Ourasi, le roi des quatre couronnes
Aucun palmarès ne peut rivaliser avec celui d’Ourasi. Ce hongre bai, entraîné par Robert Castillo et piloté par Jean-René Gougeon, remporte le Prix d’Amérique à quatre reprises consécutives, de 1986 à 1989. Un exploit unique dans l’histoire de la course, qui vaut à Ourasi le surnom de « Roi Fainéant » — non par manque d’ambition, mais parce que son talent naturel semblait lui permettre de gagner sans forcer. Sa retraite en 1990 laisse un vide immense dans le sport hippique français.
Ready Cash, la renaissance du trot français
Après des années dominées par des chevaux scandinaves et italiens, Ready Cash redonne au trot français ses lettres de noblesse au début des années 2010. Entraîné par Philippe Allaire, ce cheval élégant et puissant s’impose au Prix d’Amérique en 2010 et 2012, entrecoupant ses victoires de performances remarquables sur tous les grands hippodromes européens. Ready Cash symbolise le retour en grâce de l’élevage français dans une discipline de plus en plus internationalisée.
Bold Eagle, l’extraterrestre au trot
Bold Eagle est sans doute le trotteur le plus spectaculaire de sa génération. Caractérisé par sa foulée ample, sa vélocité et son mental de compétiteur, il remporte le Prix d’Amérique en 2017 après plusieurs années au sommet de la hiérarchie mondiale. Sous la conduite de Frank Nivard, il affiche des chronos qui bouleversent les références établies et fascine par sa capacité à accélérer en pleine course là où d’autres s’essoufflent.
Face Time Bourbon, le champion de la nouvelle génération
Représentant de la génération la plus récente des grands champions, Face Time Bourbon s’impose comme le meilleur trotteur mondial du début des années 2020. Avec plusieurs victoires au Prix d’Amérique à son palmarès, il démontre que le niveau du trot attelé continue de progresser. Sa régularité, sa puissance et son adaptation à toutes les conditions météorologiques en font un candidat crédible chaque fois qu’il se présente au départ.
Un rayonnement international sans équivalent
Si le Prix d’Amérique est souvent comparé au Tour de France ou au Grand Prix de Monaco en termes d’image, c’est parce qu’il dépasse largement les frontières nationales. Des chevaux italiens, suédois, finlandais, allemands et américains se présentent régulièrement au départ, faisant de cette épreuve le véritable championnat du monde non officiel du trot attelé.
La dotation, qui dépasse aujourd’hui le million d’euros, est à la hauteur de l’ambition affichée. Elle attire logiquement les écuries les plus puissantes d’Europe, qui n’hésitent pas à préparer leurs champions pendant plusieurs mois spécifiquement pour ce rendez-vous. Le Prix d’Amérique est ainsi devenu un objectif de saison à part entière, une course qui conditionne parfois toute la stratégie annuelle d’un cheval et de son entourage.
Un événement populaire et médiatique
Au-delà du cercle des passionnés, le Prix d’Amérique touche un public bien plus large grâce à sa couverture télévisée, ses enjeux de paris (avec souvent plusieurs centaines de millions d’euros misés sur le quinté+ associé) et son organisation événementielle. Vincennes accueille ce jour-là des dizaines de milliers de spectateurs, et la course est retransmise dans de nombreux pays européens.
FAQ – Prix d’Amérique
Quand a lieu le Prix d’Amérique chaque année ?
Le Prix d’Amérique se déroule traditionnellement le dernier dimanche du mois de janvier, sur l’hippodrome de Vincennes en région parisienne.
Quelle est la distance du Prix d’Amérique ?
La course se court sur 2 700 mètres, soit deux tours et demi de la piste de Vincennes, ce qui représente une épreuve de fond exigeante sur le plan tactique et physique.
Quel est le record de victoires au Prix d’Amérique ?
Ourasi détient le record absolu avec quatre victoires consécutives (1986, 1987, 1988, 1989), un exploit qui n’a jamais été égalé dans l’histoire de la course.
Pourquoi appelle-t-on cette course le « Prix d’Amérique » ?
L’épreuve a été créée en 1920 avec pour ambition d’affronter les meilleurs trotteurs américains, alors dominants sur la scène mondiale. Le nom rend hommage à cette vocation internationale originelle.
Combien d’argent est mis en jeu lors du Prix d’Amérique ?
La dotation totale du Prix d’Amérique dépasse le million d’euros, ce qui en fait l’une des courses de trot les mieux dotées au monde et un objectif prioritaire pour les grandes écuries européennes.